En mars dernier, j’ai eu la chance de participer à un week-end de formation consacré à l’accompagnement à domicile. Ces deux journées denses et souvent captivantes m’ont permis de mieux cerner les spécificités de cet accompagnement, à la fois proche et délicat, dans cet espace qu’est le « chez-soi » du malade.
Quelques enseignements que je souhaitais partager avec vous
Après de longues hésitations, tant chaque moment de formation m’a semblé précieux, j’ai finalement sélectionné – non sans difficulté – quelques enseignements que je souhaitais partager avec vous.
- 1. Le domicile, espace d’inviolabilité, est un lieu singulier : intime, privé, chargé d’histoire et de repères où, contrairement à l’institution, le bénévole est exposé à de multiples stimuli.
Le malade est le « maître des lieux » tandis que le bénévole, représentant de l’association, est le garant du cadre de l’accompagnement. Au domicile, la rencontre met en jeu une double intimité : celle de la personne accompagnée et celle du bénévole lui-même. Cette configuration impose une vigilance accrue sur notre « membrane peau » : être assez proche pour permettre la rencontre tout en gardant une juste distance pour ne pas être absorbé par la souffrance de l’autre. - 2. L’importance du cadre : « ouvrir » et « fermer » le temps de l’accompagnement : ritualiser chaque visite est essentiel. À l’hôpital, la porte de la chambre marque une frontière physique, au domicile, les repères sont plus flous. « Ouvrir », c’est confirmer sa présence, se rendre disponible, poser les conditions de l’écoute et être là. « Fermer », c’est savoir quitter « l’espace psychique » du malade et de son domicile pour reprendre le cours de sa propre vie.
Cette notion de clôture est essentielle pour la pérennité de notre engagement. Elle s’applique aussi à la fin de l’accompagnement (décès, hospitalisation), pour éviter un sentiment d’abandon et permettre au bénévole de « suivre son propre chemin de réparation ». - 3. « Être » plutôt que « faire » Au domicile, la tentation du « faire » est omniprésente : multiplier les services pour se sentir utile, au risque de créer une dette ou de transformer la relation. Être attentif à son intention (pourquoi dis-je cela ? pourquoi vouloir agir ?) permet de rester dans une posture de présence et d’écoute. Il ne s’agit pas de combler le vide, mais d’être pleinement là, « ici et maintenant », en acceptant parfois, voire très souvent, de ne pas savoir.
- 4. Le « famille-système » : accompagner au-delà du malade. Le malade fait partie d’un groupe familial (proches, aidants, parfois animaux). À domicile, nous entrons dans cette dynamique.
- Reconnaître la place des proches, souvent épuisés, pour lesquels notre présence peut offrir un temps de répit.
- Trouver sa place entre les besoins du malade et ceux des proches, dans un contexte où les rôles et les besoins ne cessent d’évoluer au rythme de la maladie.
- Rester neutre dans les dynamiques familiales (règle des « deux contre un » dans les triangulaires), éviter les alliances implicites.
- Rester attentif à ses propres besoins de recul (la reformulation peut être un allié précieux dans ces moments-là…).
- 5. L’accompagnement en binôme : À domicile, l’accompagnement en binôme s’avère essentiel. Il constitue un appui précieux dans la durée, permet une transmission claire, un regard croisé et aide à maintenir une juste distance émotionnelle. Il offre également au malade une continuité rassurante avec une présence régulière et non intrusive.
En conclusion, cette formation a su mettre des mots sur la complexité de notre rôle au sein du domicile du malade. Riche et stimulante, elle nous invite à affiner notre posture et à poursuivre une réflexion collective sur l’accompagnement à domicile. Elle nous rappelle que si nous sommes là en tant qu’individus, nous ne sommes jamais des « électrons libres ».
C’est notre appartenance à l’association qui garantit le cadre, nous protège des transferts affectifs trop lourds et nous permet de rester, dans la durée, de véritables « accompagnants » professionnels et respectueux.
Anne Marie Le Hingrat




