Philosophe, Marie Gaille est directrice de recherche CNRS au laboratoire République des savoirs (UMR8241, CNRS / ENS-PSL / Collège de France). Spécialisée en histoire et philosophie de la médecine et de la santé, elle s’intéresse à l’expérience de la maladie, aux dimensions normatives de la décision médicale, en particulier sur la question des seuils de la vie valant d’être vécue, et à la relation entre santé, maladie et milieux de vie. Elle est notamment l’autrice de l’ouvrage “En soutien à la vie. Éthique du care et médecine”.
L’éthique du care se déploie selon différentes dimensions : celle du caring about, qui consiste à identifier et prêter attention à un besoin ; celle du caring for, qui consiste à prendre en charge ce besoin ; celle du caregiving, qui réside dans l’acte lui-même de réponse à ce besoin ; celle du care-receiving, qui renvoie au retour adressé à cette réponse. Dans des textes élaborés au cours des années 2010, Joan Tronto a explicité la dimension politique du care. L’éthique du care a été mobilisée pour réfléchir aux enjeux du soin médical. Elle permet d’éclairer la réflexion sur la fin de vie. Ses catégories permettent de révéler des points aveugles du débat collectif sur l’aide à mourir en France et donne des outils d’analyse pour approfondir cette réflexion.
Caring about : écouter la demande d’aide à mourir
Aujourd’hui, l’idée d’une préférence de la mort à la vie demeure, pour certains, suspecte par nature. Ce soupçon fait écho à une vision très dominante dans les années 2000, qui envisageait les demandes d’aide à mourir comme les marques d’une illusion du sujet sur lui-même — en réalité, il ne souhaiterait pas mourir, mais plutôt cesser de souffrir — ou encore comme le témoignage d’une incapacité du sujet à se confronter à l’idée de sa mort prochaine.




